Voile à l’école : réponse à la carte blanche du collectif « Yallah »

Le collectif laïcité Yallah nous a offert, il y a peu, un savoureux édito.

Bien sûr, ne vous attendez pas à quelque chose de nouveau, rien de plus original que ce qui se fait en France depuis quelques temps déjà. C’est bien entendu toujours la même recette, les mêmes ingrédients et, à dire vrai, la même façon de tourner la cuillère.

 (A lire dans la Libre Belgique ici)

 

I. Les auteurs

1. « Yallah », un collectif laïc et « d’héritage » musulman

En Belgique, plusieurs associations ont pour objet la défense et la promotion de la laïcité.La plus connue est sans doute le Centre d’Action Laïque (CAL) qui est présente à Bruxelles et en Wallonie.
Mais depuis moins d’un an, un « nouveau » collectif fait parler de lui.
C’est le collectif Yallah, chapeauté par le CAL. Comme pour le CCLJ (Centre Communautaire Laïc Juif), il est composé de membres convaincus que la laïcité doit être plus étendue en Belgique tout ayant eux-mêmes des appartenances religieuses (sur le site du CAL vous lirez « héritage »).

Ce sont évidemment toujours les mêmes principes qui sont défendus : libre-examen, humanisme, tolérance, vivre-ensemble, etc… Ces principes qu’ils veulent nobles et universels et qu’ils cherchent à imposer sans se soucier vraiment de ce que peuvent en penser les autres.

On dirait que le CAL a cru bon de mettre en avant des acteurs qui, en plus de leur adhésion aux valeurs laïques, possèdent de près ou de loin, un semblant d’appartenance à la religion musulmane.

Peut-être était-ce devenu trop délicat pour le CAL de s’adresser aux musulmans sans rien partager avec eux tout en n’arborant que de vagues poncifs qu’ils s’acharnent à répéter depuis 50 ans et qu’il eût mieux valu communiquer par la voix de « musulmans » désireux d’être l’intermédiaire entre le CAL et les musulmans ?

Peut-être serait-ce mieux accepté par la communauté musulmane de Belgique ? Oui ? Non. Définitivement non.

2. Derrière le vernis de Yallah, le même discours, les mêmes certitudes et le même dogmatisme

Si c’était vraiment la volonté du CAL, il faut constater que la mission a lamentablement échoué.

Elle a échoué non seulement parce que les membres de ce collectif sont bien loin des préoccupations d’une grande majorité des musulmans belges mais aussi parce qu’ils ne jouissent d’aucune légitimité pour s’adresser à cette communauté.

La liste des signataires de leur récent édito sur le voile en témoigne :

Malika Akhdim, ,
Radouane El Baroudi,
Djemila Benhabib,
Hamid Benichou,
Soade Cherifi,
Yeter Celili,
Bahareh Dibadj,
Hassan Jarfi,
Kaoukab Omani,
Abdel Serghini,
Jamila Si M’hammed,
Sam Touzani,

A part peut-être le très divertissant H. Benichou, le papa endeuillé H. Jarfi et l’ancien animateur de Luna Park S. Touzani, on aurait peut-être préféré que cet édito soit signé « Collectif Yallah » tant ces noms n’évoquent pas grand-chose.

Par conséquent, si l’objectif était de se rendre familier des musulmans, je le répète encore, c’est peine perdue.

i. Hamid Benichou

Hamid Benichou, c’est ce policier de profession qui, après avoir été traité comme un étranger toute sa vie au sein de sa section a décidé de combattre le communautarisme.
Il y a 5 ans, il parlait d’ethnicité, aujourd’hui il parle de religiosité.[1]
Si on le suit bien, il ne faudrait rien réclamer, subir est une bonne solution puisque pour lui, « La loi, c’est la loi » (elle qui a pourtant vocation à changer si on cherche à la rendre plus juste) et après avoir vécu comme un policier de seconde zone (ses pairs ayant jusqu’à ce jour à son égard de la suspicion) il est aujourd’hui heureux de n’avoir jamais rien réclamé, de rentrer prier ses cinq prières d’affilé car « ça ne sert à rien de revendiquer des choses, il faut faire avec »[2].
Cerise sur le gâteau il accusait, il y a 5 ans, les « gauchos » de parler à la place des musulmans et que ce serait aux musulmans de se réapproprier ce débat…
Après avoir signé cette tribune sur le voile, je me demande qui est le plus apte à parler au nom des musulmanes voilées qui subissent de plein fouet ces discriminations.

A votre avis ?

 

Le choix est difficile j’en conviens. N’y voyez pas là du mépris mais une simple réflexion sur la légitimité  d’avoir un tel discours (ou du moins d’en avoir signé les lignes).
Une chose est sûre, pour défendre votre liberté, ne comptez pas sur Benichou, il vous demandera au mieux d’être discret.

ii. Hassan Jarfi

Quant à Monsieur Jarfi, nous ne comprenons pas sa démarche.

Beaucoup de jeunes, Bruxellois ou Wallons, connaissent Monsieur Jarfi.

En 2013 – 2014 il faisait le tour des écoles pour raconter l’histoire tragique de son fils Ihssane, tabassé à mort après une soirée en discothèque. De son discours, nous n’avions retenu que des paroles sages qui cherchaient avant tout à prôner l’inclusion et la tolérance.

Il était lui-même professeur de religion à Liège et nous le voyions souvent au gré des interviews, être entouré de jeunes, désireux de connaitre son histoire et partager ses peines. Parmi ces jeunes, il y avait aussi des femmes voilées et il n’avait jusqu’ici jamais pris publiquement position sur le voile.

Comment expliquer ce revirement ? Comment expliquer que dans cette affaire, il prenne parti pour l’exclusion plutôt que l’inclusion ?

Pourtant, il doit savoir que ces femmes-là vivent avec douleur cette mise au ban, il devrait le savoir ou du moins, s’en douter.

Peut-être qu’en écoutant certains témoignages, il finirait par le comprendre.

iii. Sam Touzani

Que cherche vraiment Sam Touzani ? Perdu dans son microcosme où très peu de femmes voilées sont présentes, obsédé par deux sujets bien particulier, à savoir l’islamisme et la rémunération des artistes, l’auteur de la « cerise sur le ghetto » semble avoir été élevé bien loin du Bruxelles populaire où se côtoie toutes les ethnies et les croyances. Sur son Facebook,  vous y trouverez les éditos de Zineb El Razhoui, en amis Waleed Al-Husseini et Caroline Fourest, mais surtout (très intéressant) sur plus de 5000 amis, très peu de diversité culturelle. Il semble même que les femmes voilées qu’il pointe du doigt, il n’en rencontre pas des masses, c’est ce qui doit probablement l’aider à avoir un avis bien tranché sur la question puisque la souffrance et la discrimination qu’elles disent subir, il ne l’entend pas, et retranché derrière la grille de lecture que lui offre le CAL, il ne désire pas en savoir davantage.

Nous enjoignons Sam Touzani à continuer de signer des cartes blanches comme celles-ci, sa notoriété est si faible et son opinion si peu digne d’intérêt que même un livre co-écrit avec Zemmour ne nous surprendrait qu’à moitié. 

II. Le contenu de l’édito

 Dès le départ, cette carte blanche prend des airs comiques, on y manie l’ironie avec maladresse en tournant facilement en dérision des revendications qui leur semblent, à tout le moins, ridicules.

La charge idéologique de cet édito est tellement pesante que jamais l’auteur ne questionne la légitimité de la démarche de ces femmes qui affirment explicitement souffrir de cette discrimination. Aveuglés par des principes qu’ils souhaiteraient universels, leurs œillères rabattues empêchent toute nuance.

Si bien qu’  « ils prennent pour évidence que  les signes convictionnels n’ont pas leur place à l’école et ce, autant pour les enseignants que pour les élèves. »

Ce n’est pourtant pas ce que dit l’arrêt de la Cour Constitutionnelle puisque celle-ci laisse le choix aux établissements de décider de quelle manière ils appliqueront cette neutralité.

Vous allez découvrir, ici, la faiblesse d’un argumentaire orienté et passionné, tenez-vous bien, pour préparer un si mauvais plaidoyer,  il y a 3 étapes.

1. La recette d’un mauvais argumentaire

i. Des opinions déguisées en évidences

Premièrement, pour commencer un piètre argumentaire, il faut exprimer ses idéaux sous la forme d’une évidence. Cela peut tromper quand on est un juge et qu’on jouit de la fiction d’impartialité tout en se basant sur des textes de loi, mais ça fonctionne bien moins quand on est un collectif qui se revendique laïc. C’est une question de perspective et ce qui est affirmé ici comme une évidence, ne l’est pas pour tout le monde, il faudrait qu’à l’orée de ses 50 ans, le CAL grandisse un peu et apprenne que les principes universels qu’il s’acharne à défendre ne sont pas nécessairement universels.

Extrait

Ce truisme grossier et artificiel ne devrait tromper personne, passons à l’étape suivante.

ii. Un peu de philosophie de comptoir

Deuxièmement, persister dans ce mauvais argumentaire en conceptualisant la situation sous une forme problématique et exclusive. Ainsi faudrait-il séparer l’être et la croyance, cette division qui n’a encore rien d’une évidence voudrait qu’un être sans croyance et sans conviction puisse exister. Or, nos croyances et nos convictions nous sont chevillées puisque nous sommes tous le produit d’un tout, d’un enchevêtrement de pensées et d’affects qui dirigent nos choix et nous poussent à nous aliéner ou à agir d’une façon ou d’une autre.

Extrait

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« Rester prisonnier de ses certitudes », c’est à peu près ce que cet édito fait lorsqu’il affirme sans prendre la peine de nuancer qu’il faut « séparer l’être de la croyance » ou que « les signes convictionnels n’ont pas leur place dans les écoles » car « ils nuiraient au vivre-ensemble ». Il y a probablement un milliard de nuances entre ces certitudes et les convictions de ces jeunes filles. Au lieu de militer pour un environnement plus tolérant, l’alternative indiquée par le collectif aura le mérite d’être simple :

Extrait

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Il faut saisir ici la laideur d’un tel propos. En plus de tenter de décrédibiliser les revendications de ces femmes portant le voile qui, je le rappelle, sont les premières concernées dans cette affaire, avec un ton enfantin et dédaigneux on va jusqu’à leur refuser toute légitimité dans ce débat. Ces femmes seraient-elles donc trop idiotes pour comprendre ce qui les sert et ce qui les dessert ? Fallait-il que le Collectif Yallah vienne à tout prix leur ouvrir les yeux ? Ingénieures, juristes, professeures, sociologues, politologues et traductrices, sont-elles bien assez capables de suivre 3 à 5 ans d’études laborieuses mais incapables de comprendre si se voiler sert ou ne sert  pas leur avenir ? Pire, poussent-elles alors leur aliénation assez loin pour aller jusqu’à militer pour garder ce « symbole de l’oppression » s’il n’avait vraiment rien a voir avec leur identité, leurs convictions et leur culte ?

Qui le collectif Yallah désire-t-il vraiment convaincre avec cet édito ? S’ils cherchent à recueillir l’adhésion de ces femmes portant le voile, insulter leur intelligence ne semble pas être la meilleure façon de s’y prendre et citer Montaigne pour se raccrocher désespérément à un humanisme originaire n’y fera rien. faudra-t-il d’ailleurs se souvenir qu’il disait également que « L’obstination et l’ardeur d’opinion est la plus sûre preuve de bêtise ». Lui qui était un éminent diplomate devait savoir comment exprimer une idée sans pour autant dénigrer inutilement ses interlocuteurs, le collectif Yallah a visiblement encore beaucoup à apprendre des auteurs qu’il cite.

iii. Ajoutez un mensonge pour appuyer un argument

Troisièmement, sélectionnez ce qu’il vous plaira de citer pour appuyer votre propos.

Extrait

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Le 6 décembre 2019, (compte-rendu écrit et vidéo à l’appui) Farida Tahar n’a jamais dit qu’interdire le voile était raciste [3] et le Collectif semble oublier que c’est plutôt M. Van Goidsenhoven qui, ce jour-là, s’est montré odieux et indélicat en déclarant  « Je suis plutôt Bourguiba que les frères musulmans » à l’endroit de M. Ikazban et en fustigeant « les gens de gauche qui lui tapent sur le système ».

Extrait du compte-rendu écrit en date du 6/12/2019

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Là, il faut dire que l’accusation mensongère  c’est vous qui l’avez faite en prêtant à Mme Tahar des propos pareils pour embrayer sur « interdire le voile ça n’a rien de raciste », c’est fallacieux et mesquin, mais ça n’étonne pas vraiment.

Quant à votre discours victimaire qui consiste à  faire la moue en disant « oh, on peut plus rien dire donc », celui-ci aussi ne marche pas/plus avec nous, Onfray et Delon l’ont galvaudé avant vous.
Tâchez au moins d’être véridiques dans vos propos, c’est un bon début, car s’attacher à une vérité vaut mieux que de délirer plusieurs fois sur un mensonge, et, puisque Montaigne le formulait ainsi ;

« si, comme la vérité,le mensonge n’avait qu’un visage, nous serions en meilleurs termes. Car nous prendrions pour certain l’opposé de ce que dirait le menteur.

Mais le revers de la vérité a cent mille figures et un champ indéfini. »[4]

iv. Bonus ! Finissez en beauté avec l’éternel « le voile est politique »

Vous l’aurez compris, votre argumentaire arrivé là est déjà bien mauvais, mais il se trouve qu’il pourrait être encore plus médiocre si vous y ajoutiez un argument politique. Oui, le même que d’habitude, avec les Frères Musulmans, la Sharia, La Turquie d’Erdogan, etc..

Extrait

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Ça fait toujours mouche, bien entendu, ça n’a pas vraiment de sens, plus haut c’était une question philosophique, maintenant c’est une question politique, il n’y a là rien de vraiment logique, mais est-ce qu’on en a vraiment besoin dans ce genre d’argumentaire ? Non, on vous a dit qu’on le voulait mauvais !

Ajoutez à ça une dernière affirmation vaseuse sur le fait que vous, vous savez ce qu’il se passe VRAIMENT à l’intérieur de ces communautés musulmanes, en ajoutant le cocktail « islam et politique » et un jeu de mot bien mauvais en toute fin qui rend votre conclusion encore plus risible, voilà, c’est parfait.

Extrait

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Vous avez là tous les ingrédients d’un argumentaire médiocre, hautain, dogmatique, insensé et paradoxal. Une fois signée par divers inconnus, vous pouvez enfourner votre édito dans les tribunes de la Libre, au second degré, parce qu’à ce niveau, il vaut mieux en rire.

 Faiçal

 

 

 

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Sources et références

[1] C. LAMFALUSSY, « Agent de police, Hamid Benichou raconte l’ascension du communautarisme à Bruxelles » in La Libre Belgique, février 2015 (à lire ici)

[2] ibidem.

[3] Compte rendu de la séance plénière au parlement Bruxellois du 6 décembre 2019, p. 10 (à lire ici).

[4] M. MONTAIGNE, Essais, Tome 1, livre 9, p. 121.

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