Factcheck #1

Est-ce vrai qu’en 2019, il n’y a pas eu de discrimination liée au port du foulard à la commune de Molenbeek comme l’a précisé M. Achaoui au dernier conseil communal ?

Lorsque des faits sont énoncés et affirmés, le Majliss se fait un devoir de les vérifier.

Car, si les approximations engendrent l’incompréhension, l’inexactitude est un danger plus redoutable encore.

Introduction

Lors du dernier conseil communal, la modification du règlement de travail de la commune de Molenbeek était à l’ordre du jour. Cette modification avait pour antécédent une affaire bien particulière où une femme portant le hijab s’était vue refuser un poste à la commune de Molenbeek pour motifs que ce hijab ne répondait pas aux exigences de neutralité des agents.

Lorsque cela a été évoqué ce 31 août au conseil communal, M. Abdallah Achaoui, échevin et conseiller communal molenbeekois a tenu à affirmer que la commune n’avait jamais cherché à écarter la candidate en question mais qu’elle-même avait refusé le poste qu’on lui avait proposé.

Mais l’histoire, racontée par ceux qui l’ont vécue et ceux qui l’ont suivie, est tout autre. Après avoir récolté le témoignage de la principale intéressée et effectué nos propres recherches sur la question, nous pouvons affirmer que les paroles prononcées par M. Achaoui lors du conseil communal n’étaient pas tout à fait vraies.

Premier temps : la discrimination

En 2018, une annonce est publiée par la commune de Molenbeek, un poste d’assistante sociale est à pourvoir au sein de l’Action Sociale et plusieurs candidatures sont déposées. Après un premier examen écrit, une candidature est retenue et un entretien est convenu avec la candidate. Celle-ci, qui porte un foulard, ne peut pas se présenter à ce premier entretien pour des raisons familiales. Un second entretien est finalement convenu et un contrat est prêt à être signé par la candidate avec l’aval du collège.

Malheureusement, au moment de la signature du contrat c’est un dilemme angoissant et bien connu des femmes musulmanes qui portent le foulard qui va se poser :

« Le port du foulard n’est pas autorisé dans l’exercice de la fonction »

Cette affirmation, si concisément formulée, renferme la pierre d’achoppement la plus handicapante qui soit pour ces femmes qui se retrouvent alors immobilisées au bout d’un processus long et complexe d’engagement. Ce contrat emportant alors pour elles une décision douloureuse les contraignant à choisir entre leurs convictions, une part de leur identité et un métier qui leur correspond (tout en les privant des deux premiers).

Cette conception de la neutralité devient alors un obstacle à sa prise de fonction alors que l’annonce stipulait en toutes lettres que la Commune était fort soucieuse de respecter les principes de non-discrimination (ce qui a d’ailleurs motivé la candidate à postuler).
Elle formule alors une plainte auprès d’UNIA et du CCIB pour discrimination à l’embauche.

Notons donc bien ici qu’il y a eu discrimination, que cela concernait un poste d’assistante sociale au service d’action sociale de la commune de Molenbeek et que le contrat n’a pas abouti à cause des exigences formulées par le service des ressources humaines en matière de neutralité.

Nous pourrions nous arrêter ici puisque que M. Achaoui affirmait que la commune n’avait pas refusé d’engager à cause du voile mais que c’est la principale intéressée qui l’avait refusé. Vous l’aurez compris, après avoir lu cette première partie, ce n’est pas le cas.

Second temps : le succédanée

Lorsque l’affaire s’ébruite, la majorité s’est dépêchée de trouver un autre poste à cette femme en foulard, sorte d’os à ronger qui soignerait l’affront subi et laverait l’administration de toute accusation de discrimination. On lui proposa alors un job au sein d’une ASBL communale qui ne correspondait pas du tout à sa spécialisation et son expérience professionnelle, comme si tous ces postes étaient de toute façon interchangeables.

C’est bien cette seconde proposition de contrat, auprès d’une ASBL liée à la commune et spécialisée dans l’accompagnement des jeunes adultes qui va être refusée.

Il y avait donc deux contrats, l’un où le service des ressources humaines a précisé que l’emploi ne pouvait pas être presté avec le voile et un second qui concernait une ASBL paracommunale et qui a été refusé par la candidate car il ne correspondait pas à sa spécialité.

Il y a donc bel et bien eu discrimination. Nous ne doutons pas de la bonne foi de M. Achaoui, mais les propos qu’il a tenus semblent inexacts et à tout le moins approximatifs.

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Faïçal

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